#Je dessine

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# JE DESSINE, LA JEUNESSE DESSINE POUR CHARLIE HEBDO APRÉS LE 7 JANVIER

Après les attentats meurtriers de janvier 2015, toute une jeunesse a pris ses crayons pour dessiner. Dessiner pour dire son chagrin, sa colère, son incompréhension, pour exprimer son opinion. Dessiner pour soutenir aussi, parce que comme le remarque Boris Cyrulnik
« quand des crayons assiègent une mitraillette, ils disent que pour eux, la liberté de penser est plus forte que les armes ».
Parmi les 10 000 dessins reçus, 150 sont réunis dans cet ouvrage qui compte huit thématiques : Soutenir, Liberté d’expression, Symboles et valeurs de la République, Liberté de conscience, Se rassembler, Tous égaux, Non au terrorisme, Créer.
Avec la pertinence et la subtilité qui le caractérisent, Boris Cyrulnik introduit les dessins et nous aide à mieux les décrypter. « Ce livre offre aux enfants un lieu d’expression. Les petits eux-mêmes disent comment ils envisagent de ne pas se soumettre en apprenant à mieux vivre ensemble », Boris Cyrulnik.

PARLONS-EN AVANT DE VOIR QUELQUES DESSINS

« Alors je suis Charlie, prouvez-le ! Prenez vos crayons, un scan,

exprimez-vous, en texte, en vidéo, que sais-je… Que des milliers de

Charlie Hebdo surgissent des lycées, des universités, des imprimeries, du

monde entier ! » Luz, 16 janvier 2015

Après les assassinats des membres de sa rédaction, Charlie Hebdo a reçu plus de dix mille dessins. Les premiers furent envoyés dès le 7 janvier 2015. Ils ont été
réalisés par des enfants, des adolescents, des jeunes adultes.
Charlie Hebdo a souhaité, avec le concours de SOS Racisme et de la FIDL, que cette parole de la jeunesse soit entendue. Nous avons lu tous les dessins reçus,
puis en avons sélectionné près de 145 pour créer le projet porté par l’association Dessinez-Créez-Liberté.
Dans Le livre # Je dessine, La jeunesse dessine pour Charlie Hebdo après le 7 janvier, paru aux éditions les Échappés, ces dessins sont édités pour qu’ils soient
vus par le plus grand nombre, qu’ils servent de support au dialogue, pour que l’Histoire ne se fige pas, pour que ce réflexe créatif, cette pulsion de vie, donne lieu à
une pause réflexive après que la mort est passée.

Ils sont classés par rubrique :

• Soutenir – Liberté d’expression – Symboles et Valeurs de la République – Liberté de conscience – Se rassembler – Tous égaux – Non au terrorisme – Créer.

Dans ces rubriques, treize dessins sont intitulés « Parlons-en » parce que :

• Certains expriment des propos racistes ou l’idée qu’on peut tout dire, y compris des propos racistes, montrant des confusions sur le cadre de la liberté d’expression.

• Plusieurs dessins expriment une pensée binaire en mettant tueurs et dessinateurs sur le même plan.

• D’autres sont ambigus car ils peuvent laisser penser « oui mais, ils (les dessinateurs) l’ont bien cherché », posant ainsi les victimes comme responsables de leur mort.

• Quelques-uns représentent des images passées en boucle sur des chaînes TV, images violentes pour des enfants absorbées sans recul.

Un dessin exprime l’idée de vengeance, de répondre à la violence par la violence.

Nous avons souhaité que ces treize dessins soient lus parce qu’il faut parler et échanger sur les valeurs fondamentales qui nous lient et nous définissent,
parce qu’il est indispensable d’aborder ces questions avec les jeunes pour les faire réfléchir tout en leur apportant des réponses claires.

C’est aux adultes d’accompagner les enfants et les adolescents dans leur compréhension du monde, de prendre le temps d’échanger et d’expliquer en s’adaptant au rythme de chacun.

Dans le livre # Je dessine, Boris Cyrulnik explique : « Quand l’enfant subit un événement qui le désoriente, quand il est trop jeune pour argumenter, enquêter,
expérimenter et juger, il peut rester confus si on ne l’aide pas à comprendre. »

LA LIBERTÉ D’EXPRESSION ET SON CADRE JURIDIQUE

La liberté d’expression, aussi essentielle soit-elle dans une société démocratique, n’est pas absolue.
Elle n’est pas entendue comme la liberté de tout exprimer y compris des pensées, des propos, des messages portant atteinte à certains principes ou valeurs, également protégés. Il faut
donc concilier ces droits susceptibles de s’opposer.
De plus, le cadre est différent selon les pays : en France, le régime de la liberté d’expression considère son application avec des lois répressives tandis qu’aux États-Unis, le premier amendement
indique une liberté d’expression extrêmement large comme garante de sa démocratie.
Mais, quel que soit le cadre juridique, la liberté de notre société passe par la liberté d’expression et d’opinion, principes universels.
Enfin, la liberté d’expression est soumise à des limites fixées par d’autres droits et libertés consacrés également en droit.
Garantie par l’article 11 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen de 1789 et dans l’article 19 de la Déclaration Universelle

des Droits de l’Homme, la liberté d’expression est un principe fondamental de notre démocratie qui permet à chaque citoyen de pouvoir parler, écrire, dessiner, créer librement.
La loi française ne punit donc pas la critique des idées, ni des religions, ni des symboles, même lorsqu’une critique peut être ressentie comme blessante. En revanche, la loi punit les
discours qui visent à susciter la haine ou à marginaliser des personnes ou des groupes en raison de leur couleur de peau, de leur religion, de leur sexe, de leur orientation sexuelle, de
leur handicap… Ces délits de diffamation raciale, d’injures racistes, d’incitation à la haine raciale sont définis dans la Loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881. Le droit à l’image,
le respect de la vie privée, de l’honneur et de la réputation, la présomption d’innocence sont également protégés dans ce texte de loi fondateur de la liberté de la presse. Ces textes de lois
fixent les règles qui permettent de concilier liberté d’expression, respect des droits fondamentaux de la personne et protection de l’ordre public.

DESSINS BINAIRES : TUEURS ET
DESSINATEURS MIS SUR LE MÊME PLAN

Comme nous ne pouvons pas mettre sur le même plan la liberté d’expression et le meurtre, en conséquence nous ne pouvons pas assimiler l’impact d’un dessin à l’assassinat de quelqu’un.
Si chacun supprimait telle ou telle personne parce qu’elle utilise un crayon pour caricaturer des sujets comme la religion, parce qu’elle est d’une autre confession, parce qu’elle a des
idées différentes, si pour des insultes, une agression verbale, chacun usait du meurtre, alors le monde serait un vaste chaos. Utiliser le meurtre pour exprimer une idéologie révèle une
déshumanisation glaçante et terrifiante, avec en conséquence une fascination pour la haine exterminatrice. Se servir d’un crayon pour défendre des idées est une manière pacifique de participer
au débat, de refuser le silence et la peur.
Remettre en question des croyances et des préjugés est un droit. Tuer autrui est un crime.

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DESSINS  » OUI MAIS, ILS L’ONT BIEN CHERCHÉ « 

Une manipulation de données historiques, sociales et culturelles pour certains et un réel désarroi, voire une souffrance morale, pour d’autres ont engendré une grille de lecture des plus
simplistes après les attentats du 7 janvier. La rédaction de Charlie Hebdo propose chaque semaine une version humoristique de l’actualité. Les dessinateurs en particulier participent avec leurs
crayons aux débats sociétaux, environnementaux, économiques. On peut être d’accord ou pas, on peut trouver les dessins de Charlie, drôles ou en être choqué.

À l’inverse, les assassins ont revendiqué une vision d’un monde élémentaire, binaire et sans nuances. Ils sont pétris de certitudes d’une vertigineuse simplicité qui ne permet plus l’échange
et qui interdit jusqu’à la possibilité de rire.

Ceux qui répondent par un « oui mais » ont un point commun avec le Beauf de Cabu : l’ignorance. Cabu définissait son personnage ainsi : « Le beauf, c’est le type qui assène des vérités, ses vérités,
il ne réfléchit absolument pas, il est porté par les lieux communs, par le “ bon sens ” entre guillemets, par des certitudes dont il ne démordra jamais. »

Cette ignorance engendre souvent la haine de l’autre parce qu’affirmer qu’ils l’ont bien cherché impliquerait le droit de tuer, de menacer et d’incendier. Répondre à la bêtise et à l’ignorance par
l’intelligence, c’est construire une passerelle vers la compréhension. Lorsqu’on se sent insulté par une opinion, on saisit la justice. Pas une arme.

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DESSINS REPRODUISANT UN  » VU À LA TÉLÉ « 

En janvier 2015, des images des attentats, des prises d’otages, et parfois des victimes ont été diffusées en continu sur les chaînes de télé, sites Internet et réseaux sociaux. Ces images peuvent impressionner et choquer les plus jeunes. Ces scènes et les commentaires qui les accompagnent ne sont pas toujours compréhensibles pour eux et peuvent déclencher de multiples émotions, les bouleverser et provoquer des traumatismes. Les plus jeunes ne peuvent pas faire le tri dans ces images chocs, « livrées » à domicile.

Ne pas laisser les plus jeunes se confronter tout seuls avec leurs pensées et les amener à exprimer leurs incompréhensions et leurs inquiétudes, est nécessaire pour les aider à appréhender cette forme de banalisation de la violence. Prendre le temps d’échanger avec eux, les laisser poser toutes leurs questions et leur confirmer la valeur de leurs interrogations, leur permettra de prendre de la distance avec ces images afin de développer ensuite sur elles leur propre esprit critique. En leur expliquant que la diffusion en boucle considère une concurrence sous forme de surenchère, avec un objectif – atteindre le plus haut niveau d’audience – c’est leur dire qu’ils peuvent choisir de les regarder et aussi choisir de s’en éloigner.

UN DESSIN EXPRIME L’IDÉE DE VENGEANCE, DE RÉPONDRE À LA VIOLENCE PAR LA VIOLENCE

Un des objectifs des terroristes qui ont frappé Paris en janvier 2015, c’était sans doute de voir des citoyens non musulmans s’en prendre à des citoyens musulmans. La violence de l’acte terroriste, perpétré au nom de l’islam, risque d’intensifier le préjugé selon lequel « musulman = islamiste = terroriste ». En conséquence, l’agressivité envers les musulmans s’en trouvera renforcée. Ce cycle de la haine est un piège. La réponse à la haine n’est jamais la haine. Cette réponse convient aux extrémistes dont la première mission est de propager l’idéologie de la violence. Le dialogue permet tout autant de faire comprendre la voie de la justice, mais aussi de travailler sur les causes de cette expression de la violence.
Le terrorisme vise toujours à instaurer la terreur.
L’interdit du meurtre est une règle qui permet de vivre en société.
Le meurtre, l’appel et le soutien au meurtre sont des crimes et des délits punis par la loi.
Quels que soient les difficultés et les malaises, aucune raison ne saurait les justifier.

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Pour conclure, quelques mots de Charb en 2013 :

« Pour moi un dessin c’est très rigolo, c’est agréable à faire mais c’est dérisoire. C’est quelque chose de dérisoire par rapport à la vie de quelqu’un, par rapport à des dégâts matériels, ça ne vaut pas ça. Même si on avait fait un dessin raciste, le pire des dessins qu’on puisse faire, ça mérite un procès, ça mérite une condamnation, mais en tout cas, ça ne mérite ni la mort, ni l’incendie, ni tout ça. »

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